samedi 30 mars 2013

Shikoku jour 6 : de château à bateau

 
Dans ma chambre du petit hôtel face à la station d'Imabari, je me réveille peu avant sept heures. Hier soir, épuisé de ma journée, j'ai voulu m'étendre un moment sur le lit avant de faire quelques préparatifs pour le lendemain. Le moment aura duré sept heures.

Je tire les rideaux. Le temps est superbe. Imabari est le point de départ de nombreux traversiers assurant la liaison avec les îles de la mer intérieure. Après les derniers jours en montagne, l'heure est venue de se consacrer à la mer.

Je fais mes bagages, rends la clé, puis marche jusqu'au terminal des traversiers. Souhaitant comme auparavant progresser vers l'ouest (et bientôt vers le sud, car j'arrive au bout de l'île de Shikoku), je décide de me diriger vers un chapelet d'îles qui relient Shikoku à Honshu, la principale île japonaise, concentrant la majorité de la population et les plus grandes villes. Depuis Kure, sur l'île d'Honshu non loin d'Hiroshima, je constate que je pourrai prendre un traversier vers Matsuyama. Reste à savoir si je parviendrai à effectuer ce trajet ambitieux en une journée.

Puisque ces petites îles sont reliées les unes aux autres par une série de ponts, je n'achète qu'un billet pour le traversier à destination de la première d'entre elles, Okamura, en espérant que l'autostop me permettra de gagner Honshu sans trop de difficultés.

Le départ est à 14h40. J'ai donc plus de deux heures à consacrer à Imabari. Sans hésiter je me dirige vers son château tout près, bien en évidence, puisqu'il constitue l'unique structure d'envergure des environs. Je suis initialement un peu insatisfait d'avoir à attendre autant de temps, mais il fait si beau que bien vite je m'en réjouis.


Chemin faisant, j'aperçois un grand rapace qui me survole en grands cercles. Surgit en moi le souvenir des nombreux visionnements des Cités d'or, les samedis matins de mon enfance. J'essaie de le prendre en photo alors même qu'il croise l'axe du soleil, mais c'est peine perdue.

J'approuve

Le château s'est muni de ses plus beaux atours, les cerisiers en fleurs. Sur la passerrelle menant à son entrée, je demande à un gars accompagné de sa femme et sa fille de me prendre en photo, puis je leur rends la pareille.

Dans la cour intérieure, des petits groupes s'adonnent à l'hanami, l'observation des cerisiers en fleurs, prétexte à boire et manger en plein air. Et ils sont beaux, ces cerisiers. Je fais le tour de l'enceinte du château, entourée d'une douve remplie d'eau de mer, dont émane le fumet agréable de l'air salin. De là, j'aperçois un homme qui s'affaire à balayer le temple jouxtant le château. La symmétrie offerte par les colonnes en arrière-plan me plaît. Je le prends en photo.


Je me balade encore un moment, puis m'installe sur un banc, décidé à me chauffer au soleil en observant les gens qui profitent de leur samedi.

Vient toutefois me voir le gars, pris plus tôt en photo. Il m'invite à me joindre à leur groupe, en pleine séance d'hanami. J'accepte et je vais prendre place sur la grande toile bleue. Ils m'offrent nourriture et alcool, j'accepte la première, et demande du thé à la place du second. Il est un peu tôt à mon goût pour se mettre chaud.



Nous passons un moment agréable, au bout duquel je tire ma révérence, en y allant d'abord d'un portrait de famille. Belle façon de meubler son temps en attente de transport!

De retour au terminal, j'embarque dans le traversier. Je quitte Shikoku, avec promesse d'y revenir, dans la journée si possible.

Un parcours de traversier ne serait pas complet sans photo d'hublot

Ressentant une certaine fatigue alors qu'il reste un peu plus de vingt minutes avant l'arrivée, je m'assoupis. Je me réveille alors que presque tous les passagers sont déjà débarqués. Je saisis mon sac et sors à toute vitesse, le cerveau encore ensomeillé.

La route menant à la prochaine île passe devant le terminal. Je m'y installe. Mon cahier a beau indiquer l'île la plus à l'ouest, Kamagari, la quasi-absence d'automobilistes n'est pas gage de réussite, d'autant plus qu'il ne reste que deux heures avant la tombée de la nuit. Avec un peu de jugeote et sans siester, je m'aurais assuré de débarquer en premier, pour tenter le coup avec les automobilistes ayant aussi pris le traversier. Mais il est trop tard, ceux-ci sont partis depuis plusieurs minutes déjà. Tant qu'à rester planté là, mieux vaut marcher, et se retourner, pancarte à la main, pour les rares conducteurs.

Je prépare mon sac en vue d'un transport piétonnier de longue distance, inutilement car Yuki immobilise son véhicule. Revenant d'une journée consacrée à la pêche de plaisance, elle rentre chez elle, peu après Kure, là où j'espérais pouvoir prendre le traversier de retour à Shikoku. Ça tombe bien!

Le premier pont nous permet d'accéder à Toyohama, île réputée pour sa production d'agrumes. Elle me fait visiter un centre de distribution, d'où j'achète un sac de clémentines au goût divin, sucrées mais avec une note bien équilibrée d'amertume. 


Nous longeons la côte des îles suivantes, puis nous atteignons Honshu. La ville de Kure est axée sur l'industrie lourde. Nous croisons une aciérie, un chantier naval, une base de la marine japonaise. Yuki indique un grand pont rouge qui nous surplombe, en précisant qu'il vient d'ouvrir à la circulation. Je lui demande à quand remonte son inauguration, m'attendant à une réponse en termes d'années. Mercredi de cette semaine, qu'elle me répond!

Yuki la pêcheuse sportive me dépose vers 18h30 au terminal des traversiers. Je pourrai donc monter à bord du dernier de la journée à direction de Matsuyama, à 20h30 avec arrivée à 22h25. La carte me donne à penser qu'à une arrivée aussi tardive, les environs du point de débarquement à Matsuyama seront pratiquement déserts, et que le dernier train de la station, non loin, sera déjà parti. L'aventure de traversier se conclura donc par la recherche d'un endroit douillet pour passer la nuit!



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