dimanche 11 septembre 2011

À la belle étoile

Sans retour possible

J'arrive, près de minuit, à la toute dernière station de la ligne Keio, au pied du Mont Takao (高尾). Dans mon sac à dos, un sac de couchage, un chandail qui fera office d'oreiller, un peu de manger et de boire, et de la lecture, dont mon manuel de japonais, si l'envie d'étudier me prend. 

J'ignore ce que je viens y faire en ce dimanche soir. Ma venue a été décidée sur un coup de tête, mais, et c'est là le problème, les décisions s'arrêtent là. L'endroit est pratiquement désert. J'aperçois trois jeunes qui consultent le tableau géant indiquant les divers sentiers menant au sommet. Je leur parle un moment puis leur souhaite bonne montée.

Nonobstant le fait que je sois dépourvu de lampe de poche, que je me mets à songer, s'ils peuvent entreprendre une ascension en cette nuit de presque pleine lune, pourquoi ne puis-je pas moi aussi le faire? Je décide de m'y lancer, guidé par le clair de Lune et la lueur d'iPod, en me promettant de rebrousser chemin dans les premières minutes en cas de difficulté. Je me doute bien qu'une fois parti, la volonté de vaincre sera difficile à réprimer. J'emprunte le même sentier que lors de mon premier passage, il y a quelques mois, pour minimiser les risques.

L'ascension, avec comme seule trame de fond ma respiration, est apaisante et se passe étonnamment bien. La nuit est fraîche, même si elle ne le semble plus tout à fait une fois arrivé au sommet, les dernières minutes étant plutôt abruptes.

La vaste plaine de Kantō, dont les derniers retranchements sont visibles depuis le sommet

Sur le plateau du sommet, des jeunes écoutent de la musique. J'eus préféré être fin seul, mais heureusement ils quittent au bout d'une vingtaine de minutes. À moi de m'installer sur un banc, baigné par les lueurs de lune, au chaud dans mon sac de couchage. Voilà longtemps que j'avais dormi à la belle étoile. Ça me rend heureux.


Une heure ou deux plus tard, je me fais réveiller par les jeunes rencontrés devant le panneau d'observation. Compte tenu du temps qu'ils ont mis à atteindre le sommet, il ne se sentent de tout évidence nullement pressés. Ils quittent après un moment.

Vers cinq heures, dans la première lumière de la journée, j'aperçois mon ami Fuji. Je l'immortalise, vais me vider la vessie non loin, puis retourne dans le confort de mon cocon de nylon. 

 Lit d'une nuit

Une heure plus tard, les randonneurs les plus lève-tôt arrivent au sommet. Je prétends dormir, la tête enfouie dans le sac de couchage. Je finis par me lever, au moment même où une jeune grimpeuse arrive à la hauteur du belvédère, au pied duquel j'ai dormi. J'entame la conversation. Un retraité actif s'y joint peu de temps après.

Nous bavardons quelques minutes, puis j'amorce la décente en compagnie de la demoiselle, bien sympathique au demeurant, qui entreprend ses études universitaires d'ici quelques semaines. Nous discutons pendant presque tout le trajet, puis y allons d'un portrait au pied du mont. Nous nous souhaitons bonne continuation devant la station, et j'amorce mon retour en ville. Mon cours de japonais m'attend.

La sueur de la victoire

Cette courte escapade spontanée a été formidable. L'improvisation et le goût de l'aventure mènent invariablement à de grandes choses. En revanche, et cela constitue l'autre côté du médaillon, il m'arrive de faire des choses trop vite, maladroitement, où étant dans la lune, avec des résultats malencontreux. Tenez par exemple la toute petite photo suivante, tout ce qui reste de la photo originale, effacée maladroitement, trop vite, alors que j'étais en phase lunaire. C'est la vie!

Dans cette petite photo, j'aime la grande roue

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